La poésie du jeudi – quater

Encore de la poésie OUI !!! (mais là, c’est pas de la vieille poésie, c’est de la poésie d’aujourd’hui, de la poésie contemporaine.)

Figurez-vous que mardi, j’attendais Benjamin au CDI (c’est le centre de documentation et d’information du lycée). Benjamin, c’est un élève de 1ère pour qui je fais du soutien scolaire et comme il était en retard je me suis intéressée à une anthologie de la littérature créole qui traînait sur une table. J’ai feuilleté 3 ou 4 pages, comme ça, vite fait… et… la chance ! Je tombe sur un poème, ultra rapide à lire et qu’on a envie de relire.

C’est un poème de Patrice Treuthardt, un poète réunionnais né à Saint-Denis en 1956. En 1995, il écrit un recueil de poésies qui s’intitule Les manèges de la Terre. Ci-dessous un poème extrait de ce recueil où il parle de la place du poète ici et maintenant. (vous pouvez être étonné par la mise en page du texte, c’est normal, cela fait partie du sens de ce texte.)

« Je supprimerai de mon vocabulaire mot après mot le massacre infini, un seul rescapé. Solitude. » (Cioran)

Je suis
celui
qui prend la mer
par temps de houle
qui rend la terre
par temps de foule
n’ayant pris l’heure
avec personne *
je n’aurai
de reproche
à faire
qu’à moi-même
en plein
océan


jadis
les nakhudas *
firent leur baptême
de mer

* « N’ayant pris l’heure avec personne » est la traduction littérale d’une expression créole signifiant « n’ayant rien demandé à personne »
* Les nakhudas sont des serpents de mer dans la mythologie hindoue

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Faims d’enfance

Ça y est, je suis fan… fan d’un auteur créole. Axel Gauvin. Son nom ne vous est pas inconnu puisque vous avez certainement écouté ce linguiste et romancier parler des hypothèses de l’histoire du créole réunionnais et parce que vous avez peut-être même fait le test de compréhension orale qui lui est consacré.
Pourquoi suis-je fan ? Parce que j’ai lu un de ses romans, un roman facilement accessible si vous avez un niveau B2 mais peut-être un peu plus complexe pour les B1… Mais B1 ou B2, je vous encourage à le lire : c’est franchement pas très long, on peut se permettre de « sauter » des passages (ben oui… on a le droit quand même, on fait ce qu’on veut avec son livre après tout !) et c’est plein de petits moments de vie ordinaires et passionnants qui se déroulent à la cantine de l’école de Soubaya.
Faims d’enfance, c’est le titre. Ça raconte l’histoire de Soubaya, d’Ary, de Raymond, de Ptite Tonne, de Lina, d’Adèle Pompon, l’histoire d’enfants qui se gavent (ou pas…) à la cantine de l’école. Ça raconte les passions d’enfance et les premiers émois. Ça raconte les amitiés et les inimitiés des marmailles qui carburent au rougail. Ça raconte surtout Soubaya, Tamoul qui ne mange pas de bœuf. Ça fait rire. Ça fait sourire.

Faims d'enfance Axel GauvinJe ne résiste pas à la tentation de vous recopier des passages que j’ai particulièrement aimés. Vous lisez, vous ne lisez pas, c’est comme vous voulez, mais ça vous donnera peut-être envie de goûter à ces Faims d’enfance si bien écrites.

 » Raymond et Mano l’ont vue, la nouvelle directrice, et plus que vue pour Raymond :
– Tout à l’heure je l’ai reluquée pendant dix minutes au moins. J’ai demandé à aller pisser, et puis, à la place je me suis caché derrière le manguier. Elle causait à la cuisinière. Un quart d’heure je l’ai z’yeutée ! Ce qu’elle est belle ! Une jolie bouche ! Un joli nez ! Et les vêtements ! Une robe extra comme les robes de catalogue !… Dieu d’bon Dieu qu’elle est belle !
– Et puis, ajoute Mano, elle est bien blanche.
– Vrai, pour vraiment qu’elle est blanche ! Comme du lait ! »

« – Pas bon, il dit au milieu d’une grimace.
Raymond aussi trouve « ça » mauvais. Pour Mano, c’est « sans goût ni sentiments, sûrement un manger de France… »
Je m’en sers un tout petit peu. Mano  a raison, ce n’est ni bon ni mauvais : c’est tout plat. je n’ai jamais mangé de nourriture zorey, mais tous ceux qui y ont goûté disent qu’elle est fade à ne pas savoir. Les épices, c’est pas leur fort ! Ils ne connaissent ni curry, ni safran, ni ail et jusqu’à ni sel ! Quant au piment, ils en ont une peur bleue. »

« Aujourd’hui, la sardine en boîte a été remplacée par… de la langouste !!! Les hauts-fonds des Kerguelen ont beau être à deux pas de chez nous, mais quand même !
– Les élections ! Les élections ! n’arrête pas d’exulter Raymond. Quel type ce maire !
– Moi, j’aime les élections, répond Ptite Tonne, la bouche débordant de cette bouche magnifique. Grâce aux élections, on a du bon manger.
Et moi, qu’elle soit bonne ou pas la nourriture… Ne dis pas ça Soubaya ! De penser à Lina, rien qu’à Lina, de l’aimer si fort, ça ne t’empêche pas d’en manger de la langouste, et même de trouver ça fichtrement bon ! »

La poésie du jeudi – Ter

Vous vous dites certainement en lisant mon titre que je vais encore vous parler de Baudelaire ? Et bien non !
Aujourd’hui, un autre poète est à l’honneur. Auguste Lacaussade, un contemporain de Baudelaire, un autre de Leconte de Lisle (j’ai évoqué ce poète dans mon article sur le cimetière marin de Saint-Paul). Tout comme Leconte de Lisle, Lacaussade est un Bourbonnais né à Saint-Denis en 1815. Il ne bénéficie cependant pas du même prestige que Leconte de Lisle mais a une carrière un peu similaire à la sienne. Les deux poètes ont quitté leur île natale pour la métropole, ils ont fréquenté la pension Brieugue à Nantes puis se sont lancés dans la vie parisienne afin de faire connaître leurs poésies.Tous deux ont été bibliothécaires au Sénat et leurs dépouilles reposent aujourd’hui à la Réunion (les reste d’Auguste Lacaussade ont été ramenés au cimetière paysager d‘Hell-Bourg en 2006).
Comme on n’est pas là que pour parler de la vie des poètes ; comme on préfère les lire, les écouter, les chanter, etc., je vous propose de cliquer sur la petite flèche du fichier Soundcloud ci-dessous… Allez, je vous dis pas ce que c’est, ce sera une surprise comme ça 😉

Si vous voulez lire ce morceau, le chanter, le réciter… suivez ce lien, il vous amène sur Les Salaziennes, recueil de poésies que Lacaussade a dédié à Victor Hugo (rien que ça !). L’extrait hip-hop que vous venez d’entendre correspond au chapitre II de la 5ème partie des Salaziennes.

C’est l’heure du goûter !!!!!

Vous allez encore me trouver gourmande… Tant pis, de toute façon c’est vrai, alors…
Quand j’étais petite, ce que je préférais, le matin avant de partir à l’école, c’était regarder ce que maman mettait dans le papier d’aluminium qui renfermait mon quatre-heures pour la récré de l’après-midi. Je mettais le petit trésor brillant dans la pochette que ma grand-mère m’avait confectionnée avec des chutes de tissu un peu vieillot et j’hésitais toujours à la ranger dans mon cartable ou à la tenir à la main.

Aujourd’hui, je n’ai plus de pochettes où mettre mon goûter. Le plus souvent, je suis chez moi vers 16h – 16h30 et j’ai des envies de chocolat, de thé, de café, de biscuits, de viennoiseries, de pommes (oui enfin, les pommes c’est pas souvent hein !). Quelquefois les armoires sont vides (rarement cependant ; en bonne gourmande qui se respecte, j’ai toujours un tas de petites confiseries pour ravir mes papilles) alors je descends jusqu’à la boulangerie à 50 mètres de la maison pour m’acheter un macatia.

macatiaHa ha… le macatia vous ne connaissez pas hein ? C’est une spécialité réunionnaise, un petit pain rond légèrement sucré agrémenté de pépites de chocolat ou de noix de coco ou de bananes ou de pépites de chocolat, de noix de coco ET de bananes (oui les 3 en même temps !! J’en ai déjà mangé un gros comme ÇA et Dieu que c’était bon Dieu que c’était bon !).
N’allez tout de même pas croire que je mange un macatia par jour. Non non non pas tous les jours mais une fois de temps en temps… hummmm c’est bien bon 🙂

Tombes avec vue sur mer

Les cimetières, c’est pas trop mon truc. A part le cimetière du Père-Lachaise parce qu’il est immense et qu’on peut y passer une journée à se promener, profiter du calme et aller saluer Colette, Musset, Chopin, Simone Signoret, Jim Morrison, etc.
Le cimetière marin de Saint-Paul est ce que le Père-Lachaise est à Paris ; c’est un lieu mythique, où quelques célébrités sont enterrées mais c’est aussi un endroit très reposant et particulièrement serein avec une imprenable vue sur mer. Le site n’est pas sinistre, bien au contraire, il est agréable et vous trouvez même de jolis petits bancs de bois blancs pour vous poser un peu. Donc, même si vous n’y connaissez personne, vous pouvez vous y balader un peu et poser une fleur sur la tombe de Leconte de Lisle (célèbre poète né à Saint-Paul et chef de file du Parnasse*) ou de la Buse (pirate éminemment connu et qui aurait caché un énorme trésor sur l’île de la Réunion).
Ci-dessous quelques photos prises la semaine dernière ; avouez qu’il y a pire comme dernière demeure…

* Le Parnasse est un mouvement poétique de la deuxième moitié du XIXème siècle. Il rassemblait des poètes pour qu’il l’art ne devait être que beau et certainement pas utile. leur devise était : « L’art pour l’art. »

Hoooo iyo-iyo iyo-iyoooo…

A Saint-Pierre, certains habitent le boulevard Hubert Delisle, d’autres la rue Victor Hugo, d’autres encore la
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Hier, à la vue de cette plaque, j’ai eu envie de crier ça (un conseil, baissez le son !) :

Mais je sais me tenir tout de même, j’ai seulement crié intérieurement. Il y a des noms comme ça, qui évoquent des répliques, des mots, des phrases, des chansons…

Il n’empêche que, habiter la ruelle Tarzan, c’est rigolo mais imaginez-vous indiquer sur une lettre officielle ou un CV votre adresse quand vous logez au 3, ruelle Tarzan ? On entend d’ici le recruteur s’adressant à un collègue :
 » – Hé Roger, y a Georges de la jungle qui a répondu à l’offre de recrutement pour le poste de chef des ventes.
– Ha ben c’est Jane du service compta qui va être contente ! »

Par ailleurs, si vous êtes une femme, il conviendra de ne jamais revêtir de robes à imprimé léopard si vous habitez cette ruelle… vous comprenez pourquoi.

Kom… une envie de danser

Hier soir, la compagnie Artefakt se produisait au Séchoir. Belle soirée, beau spectacle, tellement bien qu’aujourd’hui je vous en touche deux mots.

Ça commence comme ça : cour du Séchoir – écran géant – 30 minutes de Double Je, projection de cartes postales chorégraphiques. Les cartes postales chorégraphiques, ce sont des films très courts qui exposent des duos dansés. Enfants, adultes, danseurs expérimentés ou pas, au collège, au Piton de la Fournaise, dans la forêt de Bélouve… ils se rencontrent, ils se présentent, ils dansent et ils parlent de leur danse. Et c’est tellement simple, c’est tellement pas compliqué cette façon qu’ils ont de parler de la danse que c’en est émouvant, ça donne des frissons qui vous rappellent pourquoi vous aussi vous aimer tant danser.

Yardavan et Gwendal, mes préférés, des p’tits gars tout sympa et heureux, fiers de présenter leur duo :

Giovanni Paroumanou et David Fonteneau, la puissance, la force d’un duo au cœur de la nature :

Si vous voulez voir toutes les cartes postales chorégraphiques, suivez ce lien.

KOMÇa continue comme ça : On rentre dans la salle de spectacle pour assister à Kom, un duo, un de ces duos qui ne laisse pas de marbre. Un duo qui frôle le duel entre la fiction et la réalité, entre le moi et le surmoi, entre l’homme et la femme. Un duo qui allie danse hip-hop et contemporaine d’une manière si naturelle qu’on en oublie qu’il existe des « genres » de danse. On regarde donc ces ballons rouges, ce tapis blanc, l’autre noir, ce fauteuil de bureau, ces lunettes de soleil étranges, ces danseurs, leurs baskets, leurs costumes ; on n’est pas toujours à l’aise parce que transportés aux confins du moi aliéné. On n’est pas toujours à l’aise mais on rit aussi, surpris par des moments qu’on n’attendait pas au milieu de cette aliénation. Transportés dans cette folie passagère, dans cette mise en scène bien ficelée, dans cette danse des corps qui s’enchaînent, s’éloignent et se retrouvent, on passe un beau moment, on n’est plus à Piton Saint-Leu, on est dans l’être humain.

Et puis ça finit comme ça : on applaudit, encore et encore, on sourit, on dit BRAVO !, on sort, on regagne sa voiture, on repense à ce qu’on vient de voir. Pendant tout le chemin du retour on se dit que mince alors nous aussi on a Kom une envie de danser.