Histoire & pratique

A la Réunion on parle français, certes, mais on parle aussi souvent créole. Cependant on n’y pratique pas le même créole qu’à l’île Maurice (même si le Réunionnais et le Mauricien peuvent se comprendre eu égard à la proximité géographique) ; on n’y parle pas non plus le même créole qu’en Guadeloupe ou en Guyane (l’intercompréhension avec les créoles de ces autres DOM est en revanche moins évidente).

La petite histoire (rapide) du créole réunionnais :
Le créole réunionnais a des « fondations » principalement françaises. Au XVII ème siècle, les Français viennent s’installer sur l’île et ils emportent avec eux leur langue et leurs dialectes (le normand, le picard, le saintongeais…). Comme l’île rassemble des ethnies d’origines diverses et variées, les bases lexicales françaises vont se transformer au fur et à mesure et vont s’enrichir d’autres termes venus de Madagascar, de l’Inde, de Chine. Grosso modo, on peut dire que le créole réunionnais est à la base un français ultra-métissé, à l’image de sa population.
Cependant, d’après le Réunionnais Axel Gauvin, linguiste, historien de la langue, poète et romancier, cette histoire de créole réunionnais à base lexicale française serait remise en cause par certains. En effet, il serait possible que, même si le français a fortement influencé le créole, le malgache soit une espèce de sous-bassement qui aurait fondé le créole réunionnais.
Ci-dessous, Ecoutez Axel Gauvin et son doux accent mettant en avant les différentes hypothèses des linguistes concernant la genèse du créole. (Emission RFI du 22 décembre 2011, La danse des mots. Thème : Histoire et réalité du créole réunionnais.)

NB : Un test de compréhension orale en lien avec cet extrait d’interview d’Axel Gauvin est disponible en suivant ce lien.

Le créole réunionnais en pratique :
L’usage du créole est fortement répandu à la Réunion. On le parle en famille, avec les amis, au travail, au magasin, sur le marché… Vivant sur place, je ne ressens pas d’opposition entre le français (langue nationale) et le créole. Le français reste largement majoritaire à l’écrit et dans certaines circonstances. Disons que la plupart des Réunionnais sont bilingues et s’adaptent aux situations de communication et à leurs locuteurs. Le créole et le français ne sont donc pas des adversaires mais plutôt des partenaires qui se manifestent selon les besoins et le contexte. Je dirais donc que le créole et le français font bon ménage.

Si vous maîtrisez uniquement le français (comme moi), il n’est pas indispensable de savoir parler créole pour un voyage ou un séjour prolongé dans l’île. Petit à petit, vous apprendrez des termes créoles et des tournures de phrases que vous verrez sur les panneaux publicitaires ou que vous entendrez souvent à la radio et quelquefois à la télé (tout dépend de la chaîne que vous regardez). Une petite précision : ne vous affolez surtout pas si d’une publicité à l’autre ou si d’un endroit à l’autre de l’île les mots employés ne sont pas exactement les mêmes. L’accent, l’intonation mais aussi le lexique diffèrent entre le créole des hauts (le cœur de l’île, au-delà de 500 mètres d’altitude) et celui des bas (le littoral). En dépit de cela, la grande majorité des Réunionnais se comprennent malgré la diversité du créole pratiqué. En définitive, comme l’a si bien dit un Réunionnais de la Plaine des Makes (dans les hauts) en 1978 (oui oui oui, ça date pas d’hier!) : « N’a plusieurs façons parler créole ; à chaque endroit, i parle chacun son patois. »

Cependant, même si la compréhension orale est aisée malgré de légères différences entres les plaines et le littoral, l’écriture du créole réunionnais reste un problème de taille. D’accord, le créole est avant tout une langue parlée mais depuis 2001 son enseignement est imposé à l’école et il faut trouver une graphie qui mette tout le monde d’accord. Oui, mais laquelle?

Pour faire vite :

  • Avant 1970 la graphie se fait uniquement avec les sons français.
  • Entre 1970 et 1990, les graphies Lékritir 77 et KWZ apparaissent et mettent l’accent sur les aspects phonologiques et phonétiques de la langue créole.
  • Puis se profile la graphie Manir Zordi qui se veut plus proche de l’étymologie.
  • En 2001, la graphie Tangol est proposée ; elle semble plus tolérante dans les règles de l’écrit mais elle ne fait pas l’unanimité.

Aujourd’hui aucune graphie ne s’impose réellement face aux autres et, à l’école, on demande aux élèves d’avoir une écriture logique et cohérente quelle que soit la graphie qu’ils choisissent… pas toujours évident à appliquer il me semble!
Si vous voulez lire plus en détail ce débat qui concerne la graphie « parfaite » du créole réunionnais, je vous invite à consulter ce lien de l’UDIR (union pour la défense de l’identité réunionnaise).

Pour finir, je vous conseille d’écouter l’intervention de cette grand-mère qui parle des difficultés que pose la graphie non figée à l’école. Elle fait appel aux parents d’élèves puis réfléchit sur le créole parlé, écrit, à l’école et en dehors de l’école. Intéressant! (émission de novembre 2007)

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